Malou, chien sauvage – Stadtsprachen Issue No 12

Colin a sept ans et demi. Sa place est au troisième rang de la classe, le deuxième bureau en partant de la gauche, pas très loin de la porte. C’était déjà sa place l’an dernier. Le village est petit, il n’y a que trois classes.

Madame Blain, son institutrice, s’arrête devant son bureau. Il lève ses grands yeux bleus vers elle. « Je suis contente, Colin ». Elle tient entre ses mains plusieurs paquets de feuilles agrafées. Le premier, celui sur le haut de la pile, est pour lui. Colin sort sa main droite de dessous la table. Son genou rendu moite frissonne. Colin tend les doigts. Son geste n’est ni pressé, ni fébrile. Il en est le premier surpris car dans sa tête il arrache le paquet de feuilles des mains de Madame Blain ; non, dans sa tête il demeure immobile, le dos droit, les yeux rivés aux traces de compas sur la table, les ongles plantés dans les genoux, incapable de se mouvoir, oui dans sa tête les autres rient, eh Colin, réveille-toi ! Ce ne serait ni la première, ni la dernière fois. Son geste est calme, sûr de lui, il tend le bras, écarte les doigts, attrape le paquet de feuilles et le dépose sur son petit bureau. « Merci. » Il baisse les yeux, lit le titre au centre de la première feuille. « Malou, chien sauvage ». Son cœur accélère. Sa main voudrait rejoindre l’autre sous la table, s’agripper à son genou qui claque mais elle se pose sur la feuille, le doigt suit chaque syllabe, Ma-lou chi-en sau-va-ge. Il lit, relit encore, et au moment de tourner la page, il remarque la jolie écriture ronde de l’institutrice, en haut à droite de la feuille. COLIN. Elle a dû noter son prénom ce matin après avoir décidé de la répartition des rôles et avant de dire « Et pour le rôle de Malou, je pensais à Colin », avant que Jodie dise : « Ben oui, Colin ça rime avec chien » et que Colin rougisse, non pas de honte mais de plaisir, qu’il irradie.

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